Quelle est la différence entre un étudiant et une étudiante, en dehors de quelques détails anatomiques ? Selon l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), les jeunes filles sont plus nombreuses que les garçons à fréquenter les espaces de documentation publics et à se constituer des bibliothèques personnelles de cent livres et plus. Elles accordent donc plus d’importance à la lecture, notamment à la lecture « scolairement utile ». Parallèlement, elles pratiquent moins que les garçons les loisirs les plus éloignés de la culture savante, elles sont moins fréquemment lectrices de bandes dessinées, moins nombreuses à se rendre en discothèque ou encore à assister aux concerts (autres que classiques) et aux spectacles sportifs. Elles fréquentent aussi beaucoup moins régulièrement les cafés que les garçons. Cela ne veut pas dire qu’elles se privent plus qu’eux de tous les types de sorties : dans la plupart des filières, elles se rendent plus au cinéma et dînent plus souvent au restaurant (avec leur famille ou des amis). Mais de façon générale elles sélectionnent plus leurs loisirs, s’investissent moins fréquemment dans ceux qui sont le plus concurrents des études, et dépensent d’ailleurs moins d’argent pour leurs sorties.
En revanche, si les préoccupations scolaires des filles sont moins concurrencées par les loisirs, elles le sont plus par les projets, mais aussi contraintes domestiques. Ainsi, l’OVE observe à chaque enquête que, parmi les étudiants ne résidant plus chez leurs parents, les filles sont proportionnellement plus nombreuses à faire la cuisine « tous les jours ou presque ». Et les étudiantes occupent plus souvent un emploi parallèle aux études que les étudiants. Sur 100 étudiantes, 51 exercent une activité rémunérée en cours d’année universitaire alors que le taux observé chez les garçons est sensiblement plus faible : 44,3%.
Le plafond de verre
Et pourtant… D’après une note de la Direction de l’information légale et administrative, à niveau de diplôme identique, le taux de chômage des femmes reste souvent plus élevé et leurs salaires sont généralement inférieurs à ceux des hommes, notamment en début de vie active. Globalement, les statistiques signalent peu de progrès depuis plusieurs années en matière de rémunération, de présence de femmes aux postes décisionnels et de ségrégation sur le marché du travail. C’est le fameux « plafond de verre », d’après la métaphore apparue aux États-Unis à la fin des années 1970 pour désigner l’ensemble des obstacles que rencontrent les femmes pour accéder à des postes élevés dans les hiérarchies professionnelles, obstacles invisibles mais bien réels. L’orientation et les choix professionnels expliquent en partie le plafond de verre, estimait Catherine Halpern dans un article pour le magazine Sciences humaines. « Les femmes optent souvent pour des filières moins "rentables" du point de vue de l’évolution des carrières et des salaires. Si l’on considère les bachelières et les bacheliers scientifiques de 2002, 22,9 % des filles sont entrées dans une classe préparatoire aux grandes écoles, contre 38,8 % des garçons. Elles représentent seulement 20 % des effectifs des écoles d’ingénieurs qui constituent un vivier de choix pour les cadres dirigeants. Les femmes sont nombreuses dans le secteur des services à la personne et le soin mais beaucoup moins dans l’ingénierie, l’industrie, le bâtiment, l’énergie, l’informatique… » Et dans l’enseignement supérieur ? En 2001-2002, l’université française comptait environ 15 % de femmes parmi les professeurs de l’enseignement supérieur et 38 % parmi les maîtres de conférence.
Une autre explication partielle au plafond de verre est tout simplement culturelle et, par conséquent, difficile à faire évoluer. Pour y remédier de façon musclée, la Norvège, qui rencontrait le même problème, a instauré un quota légal de 40 % de femmes dans les conseils d’administration depuis le 1er janvier 2006. Les entreprises qui ne s’y conformeraient pas seraient dissoutes. Forcément, c’est convaincant…
Vous l’avez sans doute remarqué, le 8 mars est la journée internationale des femmes. Après avoir eu différentes vocations au fil des décennies, cette journée est orientée aujourd’hui essentiellement vers la dénonciation des inégalités entre les sexes. Or en France, l’égalité professionnelle et salariale entre les femmes et les hommes n’est toujours pas acquise, bien que depuis 30 ans cette question ait fait l’objet de six lois et de plusieurs accords collectifs.
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