Qui est qui, qui fait quoi en Bourgogne ? A la rencontre « in et off » des acteurs de l'enseignement supérieur, des institutions publiques et du monde économique. Le principe intangible : une photo, une biographie, qui étiez-vous à 20 ans ? Septième rendez-vous : François Berthelon, président du conseil économique et social de Bourgogne (CESR).
« Seul, on n’est rien ! »
Génération Campus : Tout au long de votre carrière, en plus de vos obligations professionnelles (vous êtes commerçant à Dijon), vous avez assumé de nombreux mandats. Depuis 2004, vous êtes même président du CESR. Qu’est-ce qui vous fait courir ?
François Berthelon : Ma première passion, c’est l’entreprise, mais comme tout chef d’entreprise, j’ai voulu combattre la solitude inhérente à cette fonction. Si j’ai été président des commerçants du centre-ville, c’était pour rencontrer des confrères dynamiques, novateurs, avec qui nous avons pu entreprendre et promouvoir nos idées. Idem pour la Fédération de l’habillement. Seul, on n’est rien !
Quand j’ai accédé à la présidence du CESR, j’ai abandonné tous mes mandats (j’étais également conseiller municipal). Pour moi, cette fonction est incompatible avec l’exercice d’autres types de mandats. Je veux conserver une totale impartialité.
G.C : Justement, quelle est votre mission, et celle du CESR ?
F.B : Je suis avant tout un conseiller, parmi les 74 membres qui composent notre assemblée de socioprofessionnels. Ce sont eux qui m’ont confié le mandat de président. A nous tous, nous représentons toutes les composantes de la société civile bourguignonne (les syndicats de salariés, les associations, les représentants du monde de l’entreprise, ndlr). Nous éclairons les politiques dans leurs décisions par nos avis et propositions sur tous les sujets porteurs d’enjeux pour la Bourgogne : l’attractivité de l’enseignement supérieur, la lutte contre l’illettrisme, le développement de l’emploi dans les secteurs en tension… Notre rôle est consultatif. Il appartient ensuite au Conseil régional, ou aux autres acteurs, de s’appuyer sur nos travaux. Mais, un exemple, notre travail sur le développement des formations sanitaires et sociales a conduit à instaurer la gratuité des formations.
G.C : Vous avez beaucoup travaillé avec les jeunes, puisque c’est vous (le CESR), qui avez organisé les assises de la jeunesse il y a deux ans. Quelles sont les attentes qu’ils ont exprimées et qui vous ont marquées ?
F.B : Leurs demandes étaient très raisonnées et raisonnables. Leur message, c’était « donnez-nous les moyens », mais arrêtez de penser qu’on va être mauvais, mauvais dans les études, mauvais en commençant à travailler… J’ai noté une vraie foi des jeunes en eux-mêmes. Ils connaissent leur potentiel et ils en veulent !
G.C : Et vous ? Qui étiez-vous à 20 ans ? Quel était votre projet personnel ?
F.B : À 18 ans, deux trucs me bottaient : la médecine et la communication. Je me disais que je voulais être le plus grand médecin du monde. Sauf que j’étais plus littéraire que matheux. Après Louis-le-Grand, j’ai fait une prépa HEC, avant d’entrer à l’ESC Dijon en 1975. J’avais envie de monter une agence de communication mais le hasard en a décidé autrement ! J’ai intégré la centrale d’achat du groupe Le Printemps, à Paris.
G.C : Quels étaient les musiques et les films qui vous accompagnaient ?
F.B : J’étais fou des Pink Floyd, je me souviens avoir écouté en boucle Dark Side of the moon. J’adorais les Sergio Leone : des grands classiques à l’époque, mais des films à la con, où ça tire dans tous les sens !
G.C : Quelles étaient vos passions ?
F.B : (Il sourit) Il y en a que je ne peux pas dire… Ce que je retiens de cette période, surtout, c’est qu’elle était extrêmement heureuse. On faisait la fête. On riait sincèrement, on rigolait gentiment. Quand j’avais 20 ans, mai 68 avait quatre ans, et c’était un moment extraordinaire. Les années « bordel » étaient finies et toute cette libération, tirée aux forceps, était mise en action. La vie était franchement belle, alors qu’avant, ça ne déconnait pas. D’ailleurs, j’ai suivi les trois quarts de ma scolarité à Carnot, dans un lycée de mecs.
G.C : Ressentez-vous la même joie de vivre chez les étudiants aujourd’hui ?
F.B : À l’époque, le chômage, c’est un mot qu’on ne connaissait pas. Pareil pour le sida. On était insouciant parce qu’on ne craignait pas grand chose. Les jeunes aujourd’hui doivent faire gaffe à eux. Avec d’autres problèmes : des parents qui, de plus en plus, sont eux-mêmes en difficulté, une cellule familiale de plus en plus souvent éclatée (pour les gamins, ce n’est pas toujours facile, et je sais de quoi je parle). Bref, la vie est moins facile, d’où le développement des comportements durs, avec l’alcool et les drogues.
G.C : Aujourd’hui, qu’est-ce qui peut vous émouvoir ?
F.B : Je suis sensible à la beauté simple, d’un moment, d’un paysage, d’un regard. Je n’ai pas besoin de choses sophistiquées pour les aimer ! Mais la plus belle chose qui me soit arrivée ces dernières années, c’est le regard et les bras de ma petite fille. Il n’y a pas longtemps, j’ai pris une semaine de « RTT », tout seul, avec elle, sans ma femme, rien que nous deux. Elle a 16 mois. Au bout du deuxième jour, dans son lit le matin, elle m’a tendu les bras. Pour moi, la beauté, c’est ça…
G.C : Vous avez encore le temps pour les loisirs ?
F.B : J’essaie de garder un minimum de temps pour le sport : le tennis, la course à pied et le ski. J’ai eu une dizaine de fractures, faites pour beaucoup au ski, à moto, un peu en escalade…
G. C : Vous avez du temps, une heure, là tout de suite. Que faites-vous ?
F.B : Une heure seulement ! Une heure, pas plus d’une heure… (Il réfléchit) Si je le sais un peu avant, je passe un coup de fil à un ou deux potes, pour refaire le monde ensemble. Les amis, c’est très important. J’ai beaucoup de relations, mais peu d’amis, et j’adore être avec ceux qui comptent. Malheureusement, je les maltraite un peu !
En savoir plus : www.cesr-bourgogne.fr