Don du sang et homosexualité : réaction du Dr de Moléon
Par Katia David le 01.06.2010 | 14:38
Le Docteur Isabelle de Monléon, de l’Etablissement français du sang, a souhaité apporter des éclaircissements suite aux commentaires publiés par nos lecteurs en marge du dossier concernant l’homophobie, et en particulier de l’article du 20 mai, où il est question d’homosexualité et de don du sang.
En substance, elle précise si les homosexuels n’ont pas le droit de donner leur sang, « il ne s’agit en aucun cas d’un jugement moral d’exclusion puisque les femmes homosexuelles peuvent tout à fait donner leur sang ». Mais « selon les dernières données de l’InVS (Institut national de veille sanitaire), le risque statistique de transmission du VIH est près de 60 fois plus élevé chez les homosexuels masculins que chez les hétérosexuels ». En conséquence, « la politique de sélection des donneurs n’a qu’un seul but : ne faire courir aucun risque au malade qui va être transfusé ». Parce que le risque réel, c’est que des malades transfusés soient contaminés, s’alarme-t-elle (la contamination du sang n’est pas dépistable dans les tout premiers mois). « Même si les besoins de sang sont importants et en augmentation, on ne doit pas négliger pour autant la sécurité des produits que nous préparons : c’est notre mission de service public, à nous Etablissement français de sang. Quant aux donneurs qui acceptent de donner leur sang, plasma ou plaquettes, ils ne doivent jamais oublier qu’au bout de la chaîne, il y a une personne, malade, qui nous fait confiance à tous pour que le sang qu’on lui transfuse soit le plus sûr possible. »
En détail
Pour plus de détails, nous publions le courrier du Dr de Monléon dans son intégralité.
« J’ai relevé plusieurs points qui méritent un éclaircissement : - La notion de discrimination dans l’exclusion du don du sang, malgré des besoins importants - La sécurité apportée par la recherche du VIH à chaque don, et l’intérêt du don du sang en tant que moyen de dépistage chez les donneurs - Le fait de mentir au médecin, est-ce un délit ? « 1 – Tout d’abord, la notion de discrimination vis-à-vis des homosexuels qui ne peuvent pas donner leur sang et l’impression, ressentie par plusieurs personnes, qu’il n’y avait pas de raison vraiment valable à cette exclusion. La politique de sélection des donneurs n’a qu’un seul but : ne faire courir aucun risque au malade qui va être transfusé. Nous appliquons donc ce qu’on appelle le « principe de précaution » qui nous fait exclure du don des candidats pour lesquels le risque n’est pas prouvé, mais seulement suspecté, ou statistiquement important. C’est le cas, par exemple, des personnes ayant séjourné plus de 12 mois au Royaume-Uni entre 1980 et 1996 (en raison du risque de transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jacob) ; c’est aussi le cas des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes puisque, selon les dernières données de l’InVS (Institut national de veille sanitaire), le risque statistique de transmission du VIH est près de 60 fois plus élevé chez les homosexuels masculins que chez les hétérosexuels. Je rappelle que l’épidémiologie identifie, pour toute maladie, les personnes les plus exposées au risque. L’InVS signale également que « les rapports homosexuels constituent le seul mode de contamination pour lequel le nombre de découvertes de séropositivité au VIH a augmenté depuis 2003 ». Il ne s’agit en aucun cas d’un jugement moral d’exclusion puisque les femmes homosexuelles peuvent tout à fait donner leur sang. Par ailleurs, la Haute Autorité contre la discrimination et pour l’egalité (HALDE), saisie par une association qui dénonçait le caractère discriminatoire d’une telle mesure, a considéré que l’exclusion des homosexuels masculins du don du sang ne représentait pas un refus d’accès à un bien ou à un service puisqu’elle était uniquement dictée par la sécurité du receveur (décision 2006-17, du 26/02/2006).
2 – En ce qui concerne les résultats du test VIH réalisé à chaque don, il faut prendre en compte ce que l’on appelle la « fenêtre sérologique », c’est-à-dire l’intervalle entre la contamination par un agent infectieux et le moment à partir duquel apparaissent dans le sang les anticorps dirigés contre cet agent. Elle est variable selon les virus et peut aller jusqu’à 4 mois. Dans cet intervalle, il est absolument impossible de détecter une maladie débutante, c’est pourquoi, d’ailleurs, on contre-indique pour le don du sang les personnes ayant, dans les 4 derniers mois, changé de partenaire sexuel, subi une intervention chirurgicale, ou réalisé un tatouage ou un percing. Il est donc évident qu’on ne peut pas considérer que le test pratiqué sur chaque don du sang suffit, à lui seul, à assurer une sécurité acceptable pour les malades. De même, on NE PEUT PAS utiliser le don du sang comme, je cite, un « bon moyen de faire de la prévention ou du dépistage » : cela serait se moquer des malades à qui le sang que l’on donne est destiné. A ce propos, l’InVS signale également que presque la moitié des homosexuels découvrant leur séropositivité au VIH ont été contaminés dans les 6 mois précédents… Romain écrit que « au pire, l’échantillon est détruit » = eh bien NON, au pire, un, voire plusieurs malades sont CONTAMINES !!! 3 – Enfin, mentir au don du sang, est-ce un délit ? Non, ce n’est pas un délit au sens légal du terme, mais votre responsabilité morale est engagée vis-à-vis des malades qui recevront votre sang. Le questionnaire médical et l’entretien avec le médecin sont garants de la sécurité transfusionnelle pendant la fenêtre sérologique, cela impose une relation de confiance totale entre donneur et médecin. Le médecin qui juge de l’aptitude au don d’une personne doit pouvoir se faire sa propre conviction que cette personne ne présente, en donnant son sang, aucun danger, pour lui-même d’abord, et pour autrui ensuite. « En conclusion, même si les besoins de sang sont importants et en augmentation, on ne doit pas négliger pour autant la sécurité des produits que nous préparons : c’est notre mission de service public, à nous Etablissement Français de Sang. Quant aux donneurs qui acceptent de donner leur sang, plasma ou plaquettes, ils ne doivent jamais oublier qu’au bout de la chaîne, il y a une personne, malade, qui nous fait confiance à tous pour que le sang qu’on lui transfuse soit le plus sûr possible. « J’espère que ce courrier aura pu répondre à vos questions de manière satisfaisante, même si je comprends la déception de ceux qui voudraient donner, mais ne le pourront pas, « J’en profite pour rappeler à tous la prochaine journée nationale du don du sang, le lundi 14 juin 2010. Avec deux manifestations à Dijon : - Ouvertures du Site de l’EFS au Bocage (côté hôpital d’enfant) de 11 heures à 20 heures, - Grande collecte à l’entrée du Parc de la Colombière de 11 heures à 20 heures. « Pour plus de renseignements, vous pouvez aller sur le site : www.dondusang.net « Docteur Isabelle de Monléon. »
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